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Le déclin et la chute de Mouammar al-Kadhafi

793 words

English original here

Le colonel Mouammar al-Kadhafi a dirigé la Lybie pendant 42 ans. Il arriva au pouvoir par un coup d’Etat militaire contre le roi Idriss de Lybie, qui était fondamentalement le satrape du capital international, assurant que l’exploitation de la richesse pétrolière du pays bénéficiait aux compagnies pétrolières étrangères et à lui-même, mais pas au peuple libyen.

Kadhafi força les compagnies pétrolières à partager leur richesse avec le peuple libyen. Il finança des écoles, des hôpitaux et des infrastructures. L’instruction, la santé et l’espérance de vie montèrent en flèche. Mais il ne voulait pas que les Libyens deviennent paresseux et corrompus comme les citoyens des Etats du Golfe riches en pétrole. Il rappelait constamment aux Libyens que le pétrole manquerait un jour et qu’ils devraient travailler pour devenir autosuffisants.

Kadhafi semble loufoque pour la plupart des Occidentaux, mais sa philosophie et sa pratique politiques étaient en fait très cohérentes : il rejetait la modernité homogénéisante. Il considérait le capitalisme et le communisme comme essentiellement identiques dans leur matérialisme, leur mondialisme et leur nivellement. Il prônait une troisième voie dans laquelle les formes de vie traditionnelles, qui sont tenacement plurielles et particulières, pourraient accepter la modernité d’une manière sélective. Il finança des groupes de libération nationale comme l’OLP et l’IRA. Il soutint des mouvements et des leaders antimondialistes comme Hugo Chavez. Il aimait faire des pieds-de-nez aux Etats-Unis. Après la chute de l’URSS, il fit tout ce qu’il put pour empêcher l’émergence d’une Pax Americana complètement unipolaire. Il était aussi nationaliste qu’un dirigeant peut l’être lorsqu’il a une religion universaliste sur le dos.

Kadhafi commit de nombreux crimes. Il se permit de nombreuses folies coûteuses. Il avait un goût horrible.

Mais peut-être que la Lybie serait en paix et non en ruines, et peut-être que Kadhafi serait vivant et au pouvoir aujourd’hui, s’il n’avait pas fait une unique erreur fatale : il décida de jouer au plus fin avec l’Amérique. Après le 11 Septembre, il partagea des renseignements sur Al-Qaïda avec les Etats-Unis. Il accepta d’abandonner la recherche sur les armes nucléaires, même si une dissuasion nucléaire est le seul moyen par lequel un pays peut maintenir son indépendance dans le monde d’aujourd’hui. Il tortura des musulmans au nom des Etats-Unis et du Royaume-Uni pour qu’ils puissent, avec une hypocrisie anglo-talmudique typique, maintenir une apparence de légalité.

Il parla de Condoleeza Rice comme de « Leeza, Leeza, Leeza » et jura qu’il « l’aimait », comme s’il était un coiffeur pour stars et non un chef d’Etat sérieux. Peut-être croyait-il passer une audition pour Inside Edition. Autant que je le sache, il n’accueillit jamais Saturday Night Live ni ne postula pour Oprah.

Durant la plus grande partie de son règne, Kadhafi fut à la fois aimé et craint. Il était aimé parce qu’il accrut le bien-être de son peuple et à cause de son charisme de plus en plus excentrique. Il était craint parce qu’il traitait durement ses ennemis. Mais on peut conserver le pouvoir en étant craint. En fait, cela aide. Mais on ne peut pas régner en étant méprisé. Et en s’abaissant devant l’Amérique, Kadhafi se rendit méprisable aux yeux de son peuple.

Devenir une prostituée de l’Amérique aurait pu compenser la perte de l’estime de son peuple pour Kadhafi, si cela lui avait gagné un ami fidèle et un allié stable. Mais l’Amérique est incapable d’une telle amitié. Toutes les alliances sont bien sûr conditionnelles et servent les intérêts de toutes les parties. Mais l’Amérique connaît des crises d’enthousiasme moralistes qui s’opposent aux considérations d’intérêt national. Les dirigeants de l’Amérique croient vraiment à leurs conneries.

Donc quand tout le monde arabe était sur Twitter à parler de « démocratie » et de « changement » et de renverser les « dictateurs », tous les calculs d’intérêt national, tout le réalisme sur les perspectives de la démocratie dans les pays arabes, même le bien ultime (c’est-à-dire l’intérêt d’Israël) passèrent par la fenêtre. Kadhafi devait partir, sous un barrage 24 heures sur 24 de sermons libéraux et de bombes.

Je ne sais pas si Kadhafi a regretté son ouverture à l’« Occident », mais son défi assumé jusqu’à la fin l’a presque racheté à mes yeux.

Les leçons devraient être claires pour les autres dirigeants arabes qui sont ciblés par les mêmes forces : on peut se permettre d’être craint et haï, mais on ne peut jamais risquer de devenir méprisable aux yeux de son propre peuple en recherchant l’amitié des Etats-Unis. Les USA, de plus, sont un ami inconstant et sans valeur, indigne d’être courtisé au prix de la trahison de son propre peuple. La seule voie vers la sécurité dans ce monde est celui de la Corée du Nord et de l’Iran. Une dissuasion nucléaire est la seule garantie de souveraineté qui reste sur cette planète.

 

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