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Les dieux sont encore là :
Une réponse au livre de Collin Cleary : Summoning the Gods

2,111 words

English original here

« Le problème avec nos païens occidentaux modernes, c’est qu’ils ne croient pas vraiment en leurs dieux, ils croient seulement croire en eux. » (Cleary, Summoning the Gods, 21). Collin Cleary a probablement raison sur ce point. Dans Summoning the Gods [L’appel aux dieux],  publié par Counter-Currents en 2011, il propose une critique très précieuse du néo-paganisme qu’il considère comme essentiellement moderniste à cause de ses explications « rationalistes, réductionnistes  et anthropocentrées » concernant les dieux (p. 2). En cela, je suis d’accord. Cependant, l’argumentation de Cleary concernant la manière dont nous sommes « fermés » aux dieux et comment nous pourrions redevenir « ouverts » à eux semble rendre le problème plus grand qu’il ne l’est en réalité. Comment nos ancêtres connaissaient-ils les dieux ? Comment pouvons-nous les connaître à nouveau ? Pour le découvrir, pourquoi ne pas se tourner vers le milliard d’hindous vivant dans le monde, les derniers survivants du paganisme indo-européen ?

« Mes ancêtres croyaient, mais je ne sais pas de quelle manière ils croyaient. Je confesse que je ne sais pas à quoi cela ressemble de vivre dans un monde où il y a des dieux. » (p. 21). Cleary exprime sa propre expérience d’être « fermé » aux dieux, par quoi il semble vouloir dire être incapable de connaître le divin (p. 1) ou de manquer du sentiment de respect envers les forces naturelles (p. 31). Cette fermeture, dit-il, est un problème fondamental pour les néo-païens. Dans « Connaître les dieux », il écrit : « Tous nos efforts pour expliquer ce que les dieux sont ‘réellement’, ou ce que nos ancêtres connaissaient ‘réellement’, sont entièrement modernes. Cela fait partie de la mentalité moderne affirmant que tout peut être expliqué, que tout est pénétrable et connaissable. » (souligné dans l’original, p. 14). Cette tendance est l’une des causes de notre état de fermeture. Nous devons donc résister à l’explication et trouver des moyens de nous ouvrir aux dieux pour pouvoir rétablir un paganisme authentique.

Cette idée est l’une des grandes forces de Summoning the Gods. Si nous ne rejetons pas le modernisme et si nous n’adoptons pas la croyance aux dieux, le néo-paganisme restera largement un choix de style de vie, une chose incapable de transformer l’Occident. Si j’apprécie réellement Summoning the Gods, Cleary crée, à mon avis, un problème plus grand que cela est nécessaire. Nous n’avons pas besoin de spéculer sur les expériences de nos ancêtres ou, en dépit de toute autre valeur qu’elle pourrait avoir, de développer une phénoménologie de l’expérience du divin pour pouvoir commencer une éprouvante reptation pour revenir à l’« ouverture ». Les hindous peuvent répondre à ces questions pour nous.

Aujourd’hui, un milliard d’hindous continuent à vénérer les dieux indo-européens et à croire en eux. Ils se tournent encore vers des prêtres de la bonne foi pour accomplir les sacrifices au feu. Ils continuent la tradition indo-européenne privilégiant la tradition orale lorsqu’ils s’assoient devant des enseignants de la bonne foi et écoutent des chants de la Bhagavad Gita ou des Upanishads. Leurs prêtres, les acharyas, et leurs yogis continuent à transmettre l’autorité spirituelle à travers les générations. Je suis bien conscient de la manière dont la modernité est en train d’attaquer l’hindouisme, mais cependant les hindous du monde entier nous fournissent un exemple d’une « ouverture » générale aux dieux. A nous Occidentaux, ils nous fournissent un exemple de la manière de croire aux dieux et aussi de la manière de les vénérer, une question que Cleary ne traite pas dans Summoning the Gods.

Cleary critique et peut-être même rejette l’hindouisme, bien qu’il accepte d’utiliser l’hindouisme, ou du moins les Vedas, comme un moyen pour éclairer le paganisme européen. Mais ce rejet est basé sur une mauvaise compréhension de ce qu’il appelle le « mysticisme » de l’hindouisme. Cleary définit le mysticisme comme la tentative de la Volonté de « combler le gouffre entre l’humain et le divin » (p. 16). Le résultat de cela est que les hommes recherchent l’union avec Dieu, et selon Cleary ceci est un moyen de dire que les hommes sont identiques à Dieu et, en faisant cela, d’abaisser Dieu au niveau de l’homme.

Mais ce n’est pas ainsi que les hindous voient ou vivent cette union. Comme me l’enseigna un acharya, la goutte d’eau qui tombe dans l’océan est faite de la même matière que l’océan et s’unit à lui, mais la goutte n’est pas identique à l’océan. L’océan est bien plus grand. La simple goutte ne diminue pas la grandeur de l’océan lorsqu’elle le rejoint. La même chose est vraie de l’homme et de Dieu. Le « mysticisme » des Upanishads n’est pas une voie détournée vers « l’humanisme titanique ». Chose amusante, Cleary recommande le yoga comme un moyen de devenir « ouvert » aux dieux. Mais c’est précisément la méthode par laquelle on peut atteindre l’union avec Dieu que Cleary dénonce.

Je soupçonne que la mauvaise compréhension de l’hindouisme par Cleary vient de ce qu’il n’a pas affaire aux conceptions opposées de Dieu comme étant soit transcendant, soit immanent. Le Dieu transcendant des religions abrahamiques est un dieu créateur qui est distinct de sa création. Le Dieu immanent n’est pas distinct de la création, la création est une expansion de ce Dieu. C’est la divinité des païens indo-européens. Le Dieu immanent, appelé Brahman par les hindous, inclut la totalité des choses en lui. Les planètes et toute la vie sont des cristallisations d’une parcelle de Dieu. Toutes les choses sont faites à partir de l’essence de Dieu. Même les dieux sont des cristallisations du divin immanent.

Quand vous rêvez, tous les personnages et objets dans le rêve sont des projections de vous-même. Vous n’êtes pas le « vous » dans le rêve. Ce « vous » est un fragment limité de votre conscience, par lequel vous pouvez entrer dans le rêve et le vivre. Et vous faites aussi la même chose à travers les autres personnages dans vos rêves. Ce sont des projections de « vous ». Cette relation entre votre Moi éveillé et vos rêves est une analogie de la relation entre Dieu et la création.

Cleary est conscient de la distinction entre la transcendance et l’immanence du divin ; il y fait référence dans son intéressante critique du livre d’Alain de Benoist, Comment peut-on être païen ? (p. 63). De plus, Cleary exprime au moins une acceptation hésitante de l’immanence de Dieu lorsqu’il décrit la phénoménologie de l’expérience du divin comme une crainte respectueuse ou une conscience du divin dans tous les objets (pp. 28, 30-31). Son incompréhension du « mysticisme » de l’hindouisme, cependant, semble refléter la supposition d’un Dieu transcendant dans lequel un individu s’unit à un Dieu singulier et distinct, comme si c’étaient deux gouttes d’eau qui s’unissaient, et non une simple goutte qui serait absorbée dans un grand océan. Pour parvenir à l’ouverture aux dieux et apprendre à croire aux dieux de la même manière que nos ancêtres, nous devons réorienter notre pensée concernant Dieu, l’éloigner du Dieu transcendant de la Bible et la diriger vers le Dieu immanent des Indo-Européens.

Je viens de dire que Cleary semble accepter avec hésitation l’immanence de Dieu. Je soupçonne qu’il est incohérent dans sa croyance ou, comme il le dit dans « L’appel aux dieux » (p. 21), qu’il ne croit pas réellement en Dieu ou les dieux. Je dis cela parce qu’il semble que Cleary, en dépit de sa critique du modernisme des néo-païens, n’échappe pas lui-même aux explications rationalistes concernant les dieux. Il tente de devancer cette critique en disant qu’il n’explique pas les dieux ; il fournit seulement une phénoménologie de l’expérience du divin (p. 38). Je ne suis pas convaincu.

Il tente de proposer une explication, pas nécessairement des dieux, mais des origines de notre croyance aux dieux, lorsqu’il associe l’ouverture à un respect des forces naturelles. Cette explication ne requiert même pas que les dieux, selon toute signification, existent. Je reconnais qu’il ne réduit pas les dieux, par une définition quelconque, à des expériences subjectives (p. 38). Quelque chose est là, mais le « cela » que Cleary identifie semble être simplement des forces naturelles, bien que ce soit un terme vague et peut-être finalement sans signification. Je crains que ce que Cleary nous propose ne soit pas un moyen de tenter de croire aux dieux, mais plutôt une simple manière d’être rempli de crainte respectueuse envers la nature et de l’appeler Dieu. Peut-être est-ce un danger habituel qu’une croyance en un divin immanent puisse dégénérer en un simple culte de la nature.

Je suis d’accord avec Cleary sur le besoin de revitaliser le paganisme en Occident. Je suis aussi d’accord avec lui sur le fait que nous ne pouvons pas revenir à une religion pure et originelle de nos ancêtres, une chose qui n’a jamais existé. Nous devons, au lieu de cela, avancer et entrer dans un nouveau paganisme. Sur la manière de faire cela, je ne suis pas d’accord avec Cleary. Nous n’avons pas besoin de réinventer le paganisme, comme s’il fallait recommencer le processus millénaire par lequel les mythes et les rituels des Indo-Européens furent créés. Revenir à la nature et prendre des drogues ou pratiquer le yoga est insuffisant. Ce dont nous avons besoin, c’est que ces rituels et même la conscience des dieux eux-mêmes soient transmis par ceux qui possèdent l’autorité spirituelle pour accomplir une telle transmission. Le paganisme européen est mort parce que les filières de transmission sont perdues depuis longtemps. Cleary, de son propre aveu (p. 21), ne possède pas l’autorité spirituelle nécessaire. Je n’ai pas vu non plus une quelconque indication de la reconstitution de cette autorité parmi d’autres néo-païens. Mais il y a des païens vers qui nous pouvons nous tourner pour une telle autorité : les prêtres et les swamis de l’hindouisme.

Non seulement Cleary rejette l’hindouisme en général, mais il dénonce spécifiquement la primauté de la fonction sacerdotale. Il affirme que les Upanishads représentent « la destruction de la religion du guerrier et l’exaltation du prêtre au-dessus de tout et même au-dessus des dieux. » (pp. 16-17). J’ai déjà argumenté contre la dernière partie de cette affirmation, selon laquelle les prêtres se voient même comme des égaux de Dieu. Quant à la première partie de son affirmation, le Rig-Véda lui-même semble établir la suprématie de la fonction sacerdotale sur celle du guerrier. Dans l’hymne 10.90 du Rig-Véda, c’est la bouche qui devient le brahmin et les bras qui deviennent les guerriers. Cela semble bien indiquer que ce sont les brahmins qui dirigent les guerriers et toute la communauté.

Dans Orient et Occident, René Guénon recommande, à juste titre à mon avis, une hiérarchie de la connaissance dans laquelle la métaphysique est au-dessus de la logique, qui est elle-même supérieure à la religion et à la science. Et qui peut nous enseigner la métaphysique, ce qui inclut la connaissance de la nature des dieux et de l’homme ? Les membres de la fonction sacerdotale, les brahmins. Dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Guénon souligne la nécessité d’un ordre approprié pour la société. Encore une fois, la caste sacerdotale doit être la force dirigeante pour fournir à une société une métaphysique correcte comme fondation, sinon la société, comme nous l’avons vu si clairement dans le monde moderne, dégénérera et tombera dans le chaos. Si nous sommes aujourd’hui sous la gouvernance de la caste des producteurs, il est à peine meilleur d’exalter la caste guerrière, comme le fait Cleary. Lutter pour un nouveau paganisme, c’est affirmer un retour à la vraie métaphysique comme nouvelle fondation pour la régénération de l’Occident. Nous ne pouvons pas établir cette fondation sans l’influence d’une véritable autorité spirituelle.

Dans « L’homme manquant dans la cosmogonie nordique », Cleary semble reconnaître l’ordre approprié des trois fonctions. Dans ce texte, il associe trois formes d’odhr ou extase aux trois fonctions telles qu’elles sont présentes à l’intérieur d’Odin (p. 124). A ce sujet il dit : « Ces formes d’odhr existent, bien sûr, dans une hiérarchie, la forme la plus élevée étant l’odhr religieux », ce qui semble indiquer une acceptation de la suprématie de la caste sacerdotale.

Donc, si nous en Occident voulons rétablir le paganisme et une vraie croyance aux dieux, tournons-nous vers ceux qui ont l’autorité spirituelle pour nous guider, tournons-nous vers l’exemple de l’indouisme. C’est parmi les hindous que nous pouvons encore trouver l’ouverture aux dieux que Cleary recherche. Ils peuvent nous montrer comment croire à nouveau à Odin. De plus, ils peuvent nous montrer comment le vénérer à nouveau. Le culte néo-païen est composé d’une part de tentatives de reconstruction dépourvues de légitimité et de croyance, et d’autre part d’un mélange de rêveries maçonniques et romantiques. Mais les hindous continuent à accomplir des sacrifices aux dieux, sous une forme appropriée. Rejoignons-les ou du moins apprenons d’eux.

 

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