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Postmodernisme, hédonisme, et mort

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Hieronymus Bosch, « Le jardin des délices terrestres », panneau de droite, détail

1,285 words

English original here

« Postmodernisme » est l’un de ces mots passe-partout académiquement à la mode, comme « paradigme » qui s’est maintenant répandu dans le discours moyennement intellectuel et même peu intellectuel. Ceux d’entre nous qui ont des critiques fondamentales et principielles contre la modernité ont vite appris que le postmodernisme est loin d’être suffisamment postmoderne. En fait, à de nombreux égards, il est seulement une intensification des pires traits de la modernité.

Je voudrais exposer deux thèses philosophiques : (1) il y a une identité interne entre la culture postmoderne et l’hédonisme, et (2) l’hédonisme, poussé à son extrême, peut conduire à son propre dépassement en provoquant une rencontre avec la mort – une rencontre qui, si on y survit, peut élargir la conscience de soi-même et du monde pour embrasser des motifs et des actions non-hédonistes.

En ce qui me concerne, la postmodernité est une attitude envers la culture caractérisée par (1) l’éclectisme ou le bricolage, signifiant le mélange de cultures et de traditions différentes, c’est-à-dire le multiculturalisme, et (2) l’ironie, le détachement et l’enjouement envers la culture, c’est-à-dire ce qui nous permet de mélanger et de manipuler les cultures. Le contraire du multiculturalisme est l’intégrité et l’exclusivité culturelles. Le contraire de l’ironie est le sérieux. Le contraire du détachement est l’identification. Le contraire de l’enjouement est la gravité.

Le cœur d’une culture authentique est une vision du monde, une interprétation de l’existence et de notre place en elle, ainsi que de notre nature et de la meilleure forme de vie pour nous. Ce sont des questions sérieuses. A cause du sérieux fondamental d’une culture vivante, chacune est caractérisée par une unité de style, dont l’autre face est une exclusion des formes culturelles étrangères. Après tout, si on prend sa propre vision du monde au sérieux, on ne peut pas prendre des visions du monde incompatibles avec le même sérieux (oui, les cultures empruntent l’une à l’autre, mais une culture sérieuse n’emprunte que ce qu’elle peut assimiler à sa propre vision du monde et utiliser pour sa plus grande gloire).

Le cœur d’une culture vivante n’est pas principalement un ensemble d’idées, mais d’idéaux. Les idéaux sont des idées qui nous imposent des affirmations normatives. Ils ne nous disent pas seulement ce qui est, mais ce qui devrait être. Comme le « Torse archaïque d’Apollon » de Rilke, les idéaux exigent que nous changions nos vies. Le cœur d’une culture vivante est un panthéon d’idéaux qui est vécu comme numineux et captivant. Un individu formé par une culture vivante a un sens fondamental d’identification et de participation à sa culture. Il ne peut pas s’en séparer, et puisqu’elle est la source de ses idées concernant sa nature, la bonne vie, le cosmos, et sa place en lui, son attitude envers la culture est fondamentalement fervente et sérieuse, et même pieuse. Au sens le plus profond, il ne possède pas sa culture, il est possédé par elle.

En termes de leurs relations avec la culture, les êtres humains se répartissent en deux grandes catégories : saine et malsaine. Les êtres humains sains vivent les idéaux qui définissent une culture comme un défi, comme un tonique. Le gouffre entre l’idéal et le réel est comblé par un désir de l’âme à la perfection. Ce désir est une tension, comme la tension de la corde d’un arc ou d’une lyre, qui rend la grandeur humaine possible. La culture forme les êtres humains non seulement en inspirant des désirs idéalistes, mais aussi en réprimant, en modelant, en stylisant et en sublimant nos désirs naturels. La culture comporte un élément de mortification. Mais les organismes sains acceptent cette dimension ascétique comme une voie vers l’ennoblissement par le dépassement de soi.

Les organismes malsains vivent la culture d’une manière radicalement différente. Les idéaux ne sont pas vécus comme un défi pour accélérer et mobiliser la force vitale. Au contraire, ils sont vécus comme une menace, une insulte, une imposition externe, une épine douloureuse dans la chair. L’organisme malsain souhaite se libérer de la tension créée par les idéaux – qu’il vit comme de simples attentes déraisonnables (déraisonnables selon les standards d’une raison installée dans l’immanence, un simple calcul hédoniste). L’organisme malsain ne souhaite pas réprimer et sublimer ses désirs naturels. Il souhaite d’abord les valider, puis les exprimer. Il veut leur donner libre cours, pas les brider.

Malheureusement, les décadents ont eux aussi une Volonté de Puissance. C’est ainsi qu’ils sont parvenus à se libérer et à libérer leurs désirs de la tyrannie de la culture normative, et à instituer une contre-culture décadente à sa place. C’est le vrai sens du mot « postmodernisme ». Le postmodernisme remplace la participation par le détachement, le sérieux par l’ironie, la gravité par l’enjouement, l’ensorcellement par l’émancipation. De telles attitudes démythifient et profanent le panthéon d’idéaux numineux qui est le cœur battant d’une culture vivante.

La culture devient dès lors un simple musée de cire : un royaume d’objets et d’idées morts et décontextualisés. Lorsqu’une culture est éviscérée de sa vision du monde définissante, toute intégrité, toute unité de style est perdue. L’intégrité culturelle fait place au multiculturalisme, qui est simplement une manière prétentieuse de décrire une galerie commerciale où des objets sont achetés et vendus, mélangés et standardisés pour satisfaire les désirs du consommateur émancipé : un musée de cire animé par la pulsation du commerce.

Pourtant, même quand le désir devient émancipé et souverain, il a une tendance à se dépasser dialectiquement, car la recherche incessante du plaisir conduit souvent à des rencontres avec la mort, ce qui peut causer une réévaluation fondamentale de la vie et de ses priorités. Comme disait William Blake, « L’idiot qui persiste dans sa stupidité deviendra sage ». De plus, tant que les hédonistes souhaitent devenir de simples animaux heureux, ils restent des êtres humains incomplets. L’âme humaine contient malgré tout des aspirations à quelque chose de plus que le simple assouvissement des désirs naturels. Ces aspirations sont en outre étroitement entremêlées à ces désirs. Par exemple, les simples désirs naturels sont peu nombreux et facilement satisfaits. Mais l’imagination humaine peut multiplier les désirs à l’infini. La plupart de ces désirs artificiels, de plus, visent des objets qui satisfont un besoin d’honneur, de reconnaissance, de statut, pas de simples conforts de créature naturelle. L’hédonisme n’est pas une existence animale, mais simplement une existence humaine pervertie et profanée.

Il y aura donc toujours un « surplus » d’humanité au-dessus de ce qui peut être satisfait par des désirs naturels. Ce surplus exige aussi d’être satisfait, causant une insatisfaction et une agitation profondes dans chaque hédoniste. Cette agitation peut aussi conduire, en fin de compte, à une rencontre transformatrice avec la mort.

Si la vie animale vise seulement au contentement, à la plénitude, à la complétude – l’accomplissement de nos désirs naturels –, alors un mode d’existence humain apparaît quand les hominidés mortifient leur chair au nom de quelque chose de supérieur.

Hegel pensait que la perforation de la chair était la première expression de l’esprit humain dans l’existence animale. Cela jette un éclairage intéressant sur la popularité du piercing et du tatouage dans le contexte de la culture postmoderne, ce qui sera le sujet d’un prochain article.

Pour Hegel, cependant, la rencontre vraiment anthropo-génétique avec la mort n’est pas la « petite mort » de l’auto-mortification, mais plutôt un combat à mort intentionnellement entrepris pour l’honneur, ce qui sera aussi le sujet d’un prochain article.

Note

Ceci est le premier d’une série d’articles que je suis en train de transposer et d’adapter à partir de diverses recensions de films pour en faire des articles indépendants enfin d’encourager une diffusion et une discussion plus grandes.

 

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