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L’argument d’autochtonie

prisoner-atlas

Michel-Ange, Esclave inachevé

2,342 words

English original here

L’une des éternelles accusations contre les sociétés coloniales blanches autour du globe – dans les Amériques, en Afrique, et aux Antipodes – est qu’elles sont moralement illégitimes parce que d’autres gens étaient là les premiers. C’est ce que j’appelle l’« argument d’autochtonie », du grec “αὐτόχθων”, signifiant « sortant du sol », c’est-à-dire indigène. D’après cet argument, les habitants d’origine d’un pays sont ses propriétaires légitimes (« découvreurs-gardeurs »), et c’est une violation de ces droits si d’autres peuples les  remplacent. Donc toutes les sociétés coloniales européennes, qui impliquent plus ou moins le remplacement des peuples indigènes, sont illégitimes.

La première chose à noter est que ceux qui font appel à l’argument d’autochtonie pour déposséder les colons blancs l’ignorent tranquillement lorsqu’ils ont affaire à la colonisation de l’Europe par les non-Blancs. Dans ce cas, ce sont les Européens qui sont les indigènes et les non-Blancs qui sont en train de priver les peuples indigènes du contrôle de leurs patries. Les peuples indigènes autour du globe ont toute ma sympathie, parce qu’en tant qu’homme blanc, moi aussi je sais ce que c’est d’être remplacé par des étrangers dans sa propre patrie.

Bien sûr certains disent que les populations européennes ne sont pas vraiment indigènes, puisque les Européens se sont envahis et colonisés les uns les autres pendant des milliers d’années. Les indigènes d’Angleterre, par exemple, furent envahis et colonisés par les Romains, les Anglo-Saxons, les Vikings et les Normands avant les actuelles vagues d’Africains et de Sud-Asiatiques [= Pakistanais, etc.]. Donc pourquoi les descendants des Anglo-Saxons ou des Normands devraient-ils être considérés comme plus « indigènes » que les Jamaïcains et les Pakistanais ?

Le problème avec cet argument, bien sûr, est qu’il reconnaît malgré tout que certains Européens sont indigènes. De plus, puisque tous les peuples européens descendent de la même souche raciale, qui est indigène à l’Europe, quand des Européens se déplacent d’une partie de l’Europe vers une autre, ils ne « remplacent » pas les « populations indigènes ». Ils sont la population indigène, qui est simplement en train de se remanier.

Ce n’est pas pour nier les souffrances que les Européens se sont mutuellement infligées. Mais aussi mauvais que cela ait été, ce ne fut pas le remplacement d’une race indigène par une race étrangère. C’était simplement des branches différentes de la population indigène qui se combattaient entre elles, un peu comme les tribus africaines ou amérindiennes. Si les luttes raciales internes privent les Européens du droit de s’appeler indigènes, pourquoi cela ne s’applique-t-il pas aussi aux non-Blancs ?

Certains prétendent que la colonisation non-blanche de l’Europe est un prêté pour un rendu, puisque les Européens avaient colonisé des pays non-blancs. Cet argument pourrait être plausible pour l’Angleterre, la France et l’Espagne, qui eurent d’immenses empires coloniaux, et pour la Hollande, la Belgique et le Portugal, qui eurent des empires plus petits. Cela s’applique dans une moindre mesure à l’Allemagne et à l’Italie. Le Danemark et la Suède aussi eurent des colonies outre-mer négligeables.

Mais si la colonisation européenne était injuste, alors la colonisation non-blanche de l’Europe l’est aussi. Deux torts ne font pas un droit. De plus, une punition est une mauvaise chose, et les défenseurs de la diversité ne reconnaîtront jamais que la colonisation non-blanche rend les choses pires en Europe, bien que ce soit une évidence. Finalement, même si l’argument de l’injustice historique était valable, il s’appliquerait seulement aux pays européens qui avaient des colonies, et il accorderait des droits de « colonisation inversée » seulement aux peuples qui furent autrefois colonisés, et seulement dans les nations qui les colonisèrent autrefois.

Mais la majorité des sociétés européennes n’avaient pas d’empires outremer : Irlande, Norvège, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Suisse, Autriche, Hongrie, République Tchèque, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie, Slovénie, Croatie, Serbie, Monténégro, Bosnie, Albanie, Macédoine, Grèce, Luxembourg, Monaco, Lichtenstein, Andorre, San Marin, etc. Pourtant toutes sont ciblées par la colonisation non-blanche. De plus, les puissances coloniales sont ciblées par la colonisation de peuples qu’ils n’ont jamais colonisés. Il est insensé que des pays comme l’Allemagne, la Suède et le Danemark, qui n’eurent jamais de colonies dans le monde musulman, souffrent principalement de la colonisation musulmane.

Puisque la colonisation non-blanche de l’Europe ne peut pas être justifiée comme une punition pour des injustices historiques, elle est présentée comme une bonne chose parce qu’elle accroît la « diversité » et parce que les Européens ont une obligation morale d’ouvrir leurs frontières aux immigrants qui fuient la pauvreté et l’oppression. Le problème avec ces arguments, cependant, est qu’ils soutiennent aussi la bonne vieille colonisation européenne, qui accroissait la diversité ethnique et était conduite par des gens pauvres cherchant des ressources et des gens opprimés cherchant la liberté. Et si les Européens doivent sacrifier l’homogénéité ethnique, la souveraineté politique, la richesse et la liberté pour faire plaisir à des colons non-blancs, alors pourquoi exactement était-ce injuste que les Européens imposent ces coûts à des non-Blancs autour du globe ?

Aussi tentant que ce soit d’utiliser l’argument d’autochtonie pour défendre l’Europe contre la colonisation non-blanche, cela comporte plusieurs problèmes.

Premièrement, elle présuppose que la simple présence dans un territoire est moralement significative. L’argument d’autochtonie affirme que les premiers habitants d’un pays ont un titre indiscutable. Ils n’eurent pas à remplacer d’autres gens au moyen de la violence et de la ruse. Les occupants ultérieurs sont illégitimes s’ils remplacent les premiers occupants et usurpent leurs territoires.

Mais si la simple première présence dans un territoire confère des droits, alors pourquoi cela est-il limité aux humains biologiquement modernes ? D’autres animaux sont simplement présents là où ils vivent aussi. L’homme de Cro-Magnon n’a-t-il pas remplacé le Neandertal ? Les mammifères n’ont-ils pas remplacé les dinosaures ? Les choses vivantes ne sont-elles pas  presque toutes des intrus illégitimes dans des niches écologiques jadis occupées par d’autres, jusqu’à ce que nous retournions aux habitants originels de la soupe primordiale ? Mais est-ce bien intelligent de regarder toute l’histoire de la vie sur cette planète comme une terrible offense morale ? Même chose pour l’évolution, je suppose.

Un darwinien, bien sûr, arguerait qu’un organisme ne peut en remplacer un autre que s’il est mieux adapté pour la survie. Donc l’évolution est un processus d’amélioration, plutôt qu’une chute hors d’un état originel d’innocence. Les darwinistes sociaux disent que la conquête des races sombres par les Blancs est l’évolution en action. Et, si les races plus sombres inversent maintenant la situation et colonisent les Blancs, cela aussi est l’évolution en action. Pour les darwiniens, le succès dans la lutte pour le pouvoir est par définition le meilleur résultat, peu importe qui est celui qui parvient au sommet.

L’argument d’autochtonie soutient, essentiellement, que le premier organisme sur la scène est dans son droit, et que tous ceux qui suivent sont des intrus. Le darwiniste dirait que le dernier organisme sur la scène est dans son droit, simplement parce qu’il est victorieux, et que tout ce qui est venu avant n’a pas de prétentions légitimes, simplement parce qu’ils ont échoué. Les deux arguments sont également absurdes moralement, parce que pour être dans son droit il faut plus qu’être seulement présent au début ou à la fin d’une lutte pour le pouvoir.

Deuxièmement, l’argument d’autochtonie ne distingue pas entre occuper et s’approprier un territoire. Simplement être sur un morceau de terre ne fait pas forcément de quelqu’un son propriétaire. Pour s’approprier une terre, on doit faire quelque chose. On doit en faire quelque chose, et en faisant cela, on en prend la responsabilité.

Troisièmement, l’argument d’autochtonie ignore aussi la distinction entre nomadisme et occupation durable. Souvent, les premiers occupants ne faisaient que passer. Les nomades ne possèdent pas la terre, ils l’habitent simplement, comme fait le buffle. Ils font peu pour elle, et ils en prennent peu ou pas la responsabilité. Les nomades sont moins liés à un morceau de sol que les sédentaires, et les nomades peuvent partager l’usage de la même région, alors que les modes de vie sédentaires requièrent la propriété exclusive. Ce n’est pas dire que les nomades n’ont pas des intérêts et des droits que des gens plus sédentaires devraient respecter. Mais pour posséder la terre, suffit-il d’être simplement présent sur elle, ou doit-on en faire quelque chose – c’est-à-dire l’améliorer et en prendre la responsabilité ?

Quatrièmement, l’argument d’autochtonie passe à coté du fait que si on possède une terre, on peu aussi renoncer à celle-ci. Si des peuples indigènes possèdent réellement leurs patries, alors ils peuvent les céder à des nouveaux-venus. Par exemple, les natifs nord-américains ne furent pas tous dépossédés par des guerres d’agression. Beaucoup de natifs commencèrent par vendre certaines de leurs terres aux nouveaux-venus, et seulement ensuite des conflits surgirent. De plus, les Indiens américains furent parfois dépossédés après avoir perdu des guerres qu’ils avaient commencées. Il y a une énorme différence entre voler une terre ouvertement et assurer la sécurité des siens en dépossédant et en bannissant des ennemis agressifs et implacables. Parfois les peuples indigènes perdent leurs terres par un processus  honnête.

Cinquièmement, l’argument d’autochtonie présuppose que la possession légitime dérive uniquement du passé (première occupation) plutôt que du futur (ce qu’on va probablement en faire). Par exemple, même si les Indiens américains étaient les premiers sur ce continent, ils n’en faisaient pas grand-chose. Cela me semble être une absurdité moraliste de déclarer que les fermes, les usines, les autoroutes, les centrales électriques, les villes et les cités d’Amérique, plus tous les accomplissements culturels et technologiques des Américains, de la musique bluegrass au programme spatial, sont d’une manière ou d’une autre illégitimes parce qu’il y avait une toute petite population de gens de l’Age de Pierre sur le continent quand nos ancêtres arrivèrent.

Même si nous concédons que la première occupation confère des droits, un usage ultérieur ne confère-t-il pas aussi des droits ? Et ce qui est plus important : comment les gens de notre peuple ont-ils acquis nos patries et qu’en avons-nous fait ? Etant donné que les premiers occupants de toutes les terres sont des primitifs, alors que les occupants ultérieurs sont généralement socialement et technologiquement plus avancés, l’argument d’autochtonie ne contient-il pas un préjugé intrinsèque contre la civilisation, le progrès, et les races qui peuvent les produire et les soutenir ? Pourquoi les Blancs, parmi tous les peuples, devraient-ils accepter des règles morales truquées ? Les rencontres entre des peuples radicalement différents finissent presque toujours mal. Mais au moins si l’on crée quelque chose de grand, les souffrances et les conflits ne sont pas vains.

Sixièmement, l’argument d’autochtonie est généralement avancé de mauvaise foi, avec une intention d’escroquerie. Aux Etats-Unis, par exemple, les Indiens américains qui n’ont pas souffert des actes des colons blancs dans les siècles passés, demandent des excuses et des faveurs à des Blancs (incluant les immigrants récents) qui n’ont jamais fait de tort à un Indien.

La dernière chose que ces Indiens veulent est que les Blancs prennent leur histoire de culpabilité tellement au sérieux qu’ils effacent la richesse qu’ils ont créée et quittent le continent en le laissant comme leurs ancêtres l’avaient trouvé. En fait, les Indiens veulent accroître leur part des bienfaits de la civilisation blanche au moyen d’un chantage moral, qui nie justement la légitimité des fondements mêmes de cette civilisation. Les Indiens ne sont pas troublés par les contradictions morales de leur position, cependant, parce que leur but n’est pas la justice mais une richesse imméritée.

En vérité, les peuples indigènes qui se présentent comme des victimes « historiques » ne sont pas des victimes du tout. Ce sont en réalité des escrocs. Et les Blancs qu’ils accusent de crimes « historiques » ne sont pas des criminels du tout mais les victimes d’une escroquerie morale. Céder à un tel chantage moral ne redressera pas les vieux torts ethniques (dont les victimes et les coupables sont morts depuis longtemps). Cela créera plutôt de nouveaux torts ethniques : de nouvelles victimes et de nouveaux coupables et de nouveaux ressentiments qui vont couver à travers les âges. Cela ne peut que gêner l’émergence de relations amicales et justes dans le futur.

Quelle devrait être la position de la Nouvelle Droite sur le colonialisme et les peuples indigènes ? Nous sommes des nationalistes universels. Nous affirmons que la meilleure manière d’assurer la paix et des relations amicales entre des peuples différents est de donner à chaque peuple une patrie souveraine. Là où ce n’est pas possible – par exemple avec les populations tribales restantes dans les Amériques, en Sibérie, et ailleurs – la solution juste est de donner à ces peuples des réserves ethniques avec un maximum d’autonomie locale.

Mais notez que notre but est d’assurer une patrie pour chaque peuple, pas d’assurer la patrie indigène de chaque peuple. Cela serait très bien, mais parfois ce n’est simplement pas possible, et parfois l’autochtonie serait supplantée par le plus grand bien de créer des patries pour des peuples qui autrement n’en auraient aucun.

Par exemple, il y a toutes les raisons d’inverser la récente colonisation de l’Europe et des sociétés de la diaspora européenne par des non-Blancs. Il y a toutes les raisons d’inverser la colonisation chinoise du Tibet. Dans chaque cas, les colonialistes ont des patries vers lesquelles ils peuvent retourner. Dans chaque cas, il y a des injustices vivantes qui peuvent être résolues en rapatriant les envahisseurs. Il y a, de plus, toutes les raisons de créer un Kurdistan indépendant ou une Afrique du Sud blanche, car dans les deux cas un peuple souffre en ce moment même parce qu’il manque d’une patrie souveraine.

Mais on ne peut faire une argumentation ethno-nationaliste pour restaurer l’Empire byzantin, car les Byzantins n’ont plus besoin d’une patrie, mais les Turcs en ont besoin. On ne peut pas non plus faire une argumentation ethno-nationaliste pour rendre la terre d’Israël aux Palestiniens, parce que le monde serait meilleur si les Juifs se limitaient à une patrie juive. Donc dans le cas d’Israël et de la Palestine, la solution est d’avoir deux Etats. Une solution similaire serait souhaitable pour le problème gitan [= Rom, tzigane] de l’Europe (peut-être juste à coté du Birobidjan).

Le souci primordial de la politique devrait toujours être le futur. Nous ne pouvons pas redresser tous les torts du passé, mais nous pouvons créer un ordre mondial ethno-nationaliste qui minimisera les nouveaux torts dans le futur.

 

 

 

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